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Un éditeur m'a contacté. J'ai parlé avec lui, un moment au téléphone. Nous nous rencontrerons, dans le mois certainement, il veut m'aider. Il va m'aider. Il ne va rien publier non, il n'est pas question de ça. Simplement, il va m'aider, et j'ai accepté, parce que j'ai besoin d'aide, justement.
Dans mon carnet d'adresse, il y avait une note:
Maison d'édition qui publie "autre chose".
Je ne m'étais pas encore rendue compte que je n'avait pas reçu de lettre de refus de leur part.
Il va m'aider, ce monsieur. Il va m'aider à détruire.
Je ne m'y attendais pas, non ça, vraiment pas. Hier encore, maladivement mordue par une sorte de colère envers moi, parce que je ne m'en sort pas toute seule, parce que l'angoisse revient, parce que je me sens jeune, si jeune, et idiote, et maladroite, comme c'est normal de l'être à mon âge. Parce que seule, je n'arrive pas à sortir de ma complaisance, de Marguerite Duras, même en lisant autre chose (en essayant de lire autre chose, parce que toujours, cette même impression: il n'y a que Marguerite Duras que je lise vraiment, que je ne survole pas, que je ne laisse pas au bout de 10 pages ou 3 lignes), et de cette bouillie que me semblent maintenant mes mots mis les uns à côté des autres, lourds.
Et je ne suis plus seule. J'aime cette idée, j'aime l'idée qu'un homme, mûr, plein d'expérience, va être complice de ce qui se produira, et je ne sais pas ce qui se produira. Il va me pousser à la destruction, mais c'est bien moi qui me détruirai, qui détruirai la complaisance, qui détruirai les influences pour en avoir de nouvelles et les détruire à nouveau comme il le dit, et moi je pense, la sienne comprise, d'influence, elle sera nouvelle, et je la détruirai de l'influence d'un autre, d'une autre, de n'importe quoi d'autre. Je vais pouvoir retravailler. Et l'angoisse est repartie dans son trou dans sa fosse, et le jour comme revenu. Je ne sais pas comment dire. C'est un mélange de motivation - pas revenue mais nouvelle, peut-être la même que d'habitude mais muée, dans une peau neuve, débarrassée de l'ancienne - d'espoir, de confiance, tout cela très neuf, pas de certitude, mais quelque chose qui aboutit à un calme intérieur. Mon esprit est plus clair, apaisé (on dirait que je fais une pub pour je ne sais quoi), apaisé de cette torture de ne pas écrire, de vouloir écrire, d'écrire finalement et se rejeter, en soi hors de soi, cette douleur qui vient d'on ne sait où, ce mal-être en somme, ce sentiment qui vous tord l'esprit. Débarrassée de ça. C'est vrai hier soir, et ce matin, ça allait déjà un peu mieux, enfin pas si mal, mais quand même, il restait quelque chose, je ne sais plus. C'est qu'hier soir j'ai vu Qui êtes vous Polly Maggoo? de William Klein à la télé, et ça m'a réjouie un peu. Je me suis maquillée, je me suis regardée, et je me suis que toute cette superficialité, j'en étais bien capable aussi. Que ça pourrait même peut-être bientôt me payer une voiture en cherchant un peu. Il doit bien avoir quelques agences à Rennes. enfin bon. ce n'est pas ça qui m'aurait libérée de mon problème de mots en bouillie. Et puis il a téléphoné, et alors, clair calme, mon esprit, propice au travail en somme. Voilà. je n'ai pas l'espoir d'être publiée, je n'en ai d'ailleurs pas besoin tout de suite, ni l'espoir d'atteindre quoi que ce soit que la vanité puisse demander (même si j'aimerais bien une jolie petite voiture). J'ai juste l'espoir nécessaire de pouvoir enfin travailler vraiment, écrire. Je ne suis plus seule, minuscule devant tout ce qui a déjà été fait, non, enfin si, minuscule je le suis toujours, mais je peux grandir. Evidemment on pourrait penser que c'est un peu gênant, cette histoire d'éditeur, de monsieur qui va m'aider, ça pourrait aller légèrement à l'encontre de certains principes que j'ai, à l'encontre de l'autodidactie (je me sens jeune et idiote quand je dis ça, mais bon), ou quelque chose comme ça. On va m'aider à évoluer parce que je n'y arrive pas toute seule. Mais en fait non, même si si, non. Pas du tout. Enfin si c'est vrai, c'est ça, mais ce n'est pas du tout gênant comme on pourrait le penser. Miro parle de l'extrême modestie de l'homme et de l'orgeuil de l'artiste comme quelque chose de fondamental pour la création. Et bien c'est exactement ça. Il serait vraiment mal venu de faire des manières parce que là, la femme a besoin d'aide, enfin la jeune fille plutôt. Elle a besoin d'aide pour pousser l'artiste, pour lui laisser la place, le champ libre, pour l'assumer totalement et lui permettre de s'épanouir. enfin je m'exprime peut-être mal. j'assume désormais parfaitement le fait qu'écrire sera toute ma vie. simplement, j'ai du mal à trouver concrètement comment faire. je n'arrive pas à m'exprimer comme je le voudrais, à communiquer tout ce qui se passe. bref on s'en fout. Autodidacte ne signifie rien d'autre qu'autodidacte. pas misanthrope, fermée, prétentieuse, perchée là-haut. non. je n'en reste pas moins solitaire qui a besoin des autres. qui ne se construit que pour elle-même, mais aund même grâce aux autres. Marie (colocataire oiseau des îles) vous expliquerait ça très bien. C 'est une chance inouïe cet éditeur, voilà tout. Il faut que j'écrive, que j'écrive dans toute l'affrosité de mes défauts, de mon idiotie, des influences, de ma nullité, jusqu'à épuisement de tout cela, pour mieux détruire, pour mieux construire. Voilà comment le désespoir s'est calmé. Enfin je peux reprendre ce cadavre, calmement, le disséquer, et remodeler d'autres corps à partir de celui-ci, mort.
j'ai mon PERMI !!! pas de voiture, mais mon permi.
et les chefs-d'oeuvres me rendent dépressive.
je déteste l'idiotie de la jeunesse.
l'angoisse est revenue.