Calendrier

« Novembre 2008
LunMarMerJeuVenSamDim
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930

marie caillaud

marie caillaud

Blog

Derniers billets

Pages

Compteurs

Liens

Fils RSS

hier avec Lélé, près de Boisse.

Par marie caillaud :: lundi 04 août 2008 à 16:38

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle s'est mise au piano. Je voulais lui dire un truc mais elle jouait, alors je me suis laissée tomber dans le canapé, dos à elle. Et puis voilà. J'avais oublié le grand romantisme, ce que voulais aussi dire le gris. J'avais oublié ce sens là de l'amour, et la tempête, et l'orage. Là il faisait juste gris, les énormes nuages, massifs, laissant parfois entre leurs superpositions un espace pour le bleu. C'était Arabesques, de Schumann, qu'elle jouait. Elle m'a dit que là c'était du doux, du gentil, parce que d'habitude c'était beaucoup plus dérangé, emporté. J'ai essayé de voir, je crois que c'était en sol mineur, mais vraiment je ne suis pas sûre, parce que moi et les tonalités, ça n'a jamais vraiment bien marché. Enfin c'est sûr que c'était du mineur, ça revenait un peu en majeur parfois je pense, oui forcément il y avait des modulations, et moi je voyais le gris par la fenêtre, et c'est un de ces instants que si on oublie, alors non vraiment la vie ne vaut rien. Enfin bref. C'était en début d'après-midi, elle venait juste de rentrer. Elle avait mangé un peu, vraiment pas grand chose dans le frigo, d'ailleurs il faudrait que j'aille faire des courses, et moi je venais juste de petit-déjeuner alors voilà, et puis on ne savait pas trop ce qu'on allait faire. Je ne sais plus comment c'est venu, et puis on a lancé l'idée, elle a rebondit, rebondit, rebondit, je suis allée prendre une douche, elle a farfouillé un peu partout, et en sortant de la douche, j'ai refeuilletés les derniers vogues. Au début ça ne venait pas trop. Elle voulait que je ressemble à un piaf, et très coloré, mais ça ne marchait pas. Et puis je lui ai dis, il faudrait une base simple, et après y mettre l'excentricité. Elle a trouvé l'excentricité d'abord, le pompon jaune, et puis le bol sous le foulard, et je suis allée chercher l'imper de maman. Après ça a coulé tout seule, la jupe boule, le pantalon gris, et puis elle a essayé de me maquiller comme Audrey Hepburn sur une photo en couverture d'un de mes livres. c'est moi qui ai conduit. elle a eu peur, et encore plus au retour. c'est une vieille voiture, elle cale tout le temps, et moi je n'ai jamais vraiment maîtrisé la première, mais les moniteurs disaient que si, je maîtrisais, c'était juste que je manquais de confiance en moi. enfin, j'ai beaucoup calé quoi, et on est allé comme d'habitude, après Boisse, une voie sans issue. Une fois c'était pour prendre des photos aussi, mais pour se passer les nerfs il me semble, une autre fois c'était pour essayer de me dessiner dans les roseaux, j'avais cette robe jaune à pois que Maman portait à Casablanca. Et hier voilà. C'est fou ce que ça fait du bien. Ne pas vraiment savoir à quoi on ressemble, simplment faire l'idiote à volonté, en sachant que de toutes façons, Lélé elle m'aime, et le monde entier peut bien vous regarder et vous juger, Lélé est là, et on s'amuse. une voiture est passée, et puis une camionette, et encore un vélo, et puis un monsieur en courant, là Lélé m'a dit vas-y, cours derrière lui. c'était drôle. et puis oui, je faisais des grimaces, elle se tordait, c'était bien. Et puis en y repensant, se dire qu'elle et moi, on n'est que deux filles qui vivent à Fontenay-le-comte, perdues au milieu de la campagne, mais pas si perdues, et qui arrivent quand même à faire se genre de choses. parce que oui, je pense que c'est plus facile pour une parisienne de penser à écrire, de penser à faire des photos, de penser à peindre, à être une artiste, c'est plus facile d'avoir toute la matière d'une ville d'autant plus chargée de toute cette histoire et de ce passé artistique, d'avoir cette effervescence  au quotidien pour développer sa créativité. hier soir en rentrant à la maison, j'étais fière d'habiter là, fière de ne pas avoir eu une petite jeunesse parisienne. je ne fais pas de généralités, non, mais je ne tiens pas vraiment au politiquement correct. je tiens peut-être finallement ça de mon père. pas dans la même mesure que lui, non je n'aime pas la provocation. mais voilà. l'idée de ces filles de mon âge qui ont tout à porté de main et qui n'en font rien, ou en font quelque chose mais si pauvre, si déjà vu, tout ça me dégoute. quant à celles qui en font quelque chose de bien, je ne sais pas. c'est peut-être l'amertume qui me fait dire que ça a été plus facile pour elles. mais au fond je ne sais pas. ce que je sais, c'est que je n'ai plus forcément à être amère d'avoir passé une partie de ma jeunesse dans ce trou. on s'en sort plutôt bien au final. les efforts payent, quand même.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les images ne sont pas très bonnes, avec les réductions et tout ça, mais bon. on s'en fout là, quelque part. moi de toutes façons quand j'ai vu ce qu'elle avait fait, ça m'a un peu scotchée.

 

 

 

 

 

 

Trackbacks

Pour faire un trackback sur ce billet : http://perleombrageuse.zeblog.com/trackback.php?e_id=344869

Commentaires

Le lundi 04 août 2008 à 20:02, par aneso
la manière dont tu racontes cette journée me scotche. sans la moindre crédibilité je dis que c'est magnifique. et les photos aussi, avec cette folie. et la chaise, et le manteau !
Le jeudi 07 août 2008 à 0:23, par Jess
:)
Quand je te vois si bien;
je veux dire physiquement,
quand je te vois si nettement,
si clairement,
directement, je pose un visage
sur ta lettre.
je suis en déménagement, j'ai une boîte, une boîte dans ma chambre avec toutes les lettres que j'ai reçues depuis ma naissance.
des dizaines de cartes d'anniversaire,
de cartes de noël, des moches, des belles.
j'ai regardé tout ça en me disant que je ne pourrais jamais tout garder.
j'ai tout jeté
sauf trois lettres.
il y avait la tienne.
Le vendredi 08 août 2008 à 15:01, par moi
je suis touchée.
moi je n'arrive pas à jeter. je garde tout. et je me dis qu'un jour, je mettrai tout à plat, tout ce que j'ai toujours gardé en ma disant que ça servirait un jour, et alors j'aurai des vagues et des vagues d'idées, pour tout réutiliser. et puis des vagues et des vagues de souvenirs aussi. mais c'est un peu anéantissant, ce genre de choses.
Le vendredi 08 août 2008 à 18:09, par Jess
je l'ai gardée car j'ai eu le sentiment qu'elle était importante et qu'il y aurait une sorte de continuité, de suite à tes mots.
comme si le fait de la jeter aurait coupé net quelque chose
Le samedi 23 août 2008 à 0:13, par Jess
alors si tu es rentrée, c'est parfait,
car tu vas pouvoir écrire encore ici dans ton monde et je ne viendrai plus chaque jour en vain me heurter au titre "hier avec Lélé, près de Boisse."
je le connais par coeur, je le redoute chaque fois que je clique sur perleombrageuse :)
la robe est violette foncée. mais elle n'a rien de bleu dans la réalité, à part sur la photo.
moi aussi j'imagine sa chaleur mélangée à la mienne, mais je sais que mardi, mardi plus que quelques jours et alors mardi, nous pourront enfin mélanger nos chaleurs
les derniers jours sont les plus longs.
Le lundi 25 août 2008 à 13:11, par moi
tu as quand même de la chance, d'avoir l'espoir de cette chaleur.
mais quelque part, sans but il ne semble pas exister de durée.
je veux dire tu sais quand tu vas le revoir, il y a donc un temps associé à l'attente, et ce temps se transforme en durée au fur et à mesure que tu le passe.
sans espoir il n'y a d'autre temps que l'infini, et à l'infini on ne peut pas associer de durée. alors quelque part ça passe peut-être plus vite quand on ne s'attend à rien et qu'on ne fait qu'y penser dans le manque.
c'est intéressant ça tient comme pensée. chouette, un truc à développer...
doudoudou
bon mardi!

Ajouter un commentaire

Nom ou pseudo :


Email (facultatif) :


Site Web (facultatif) :


Commentaire :


Anti-Spam :
Recopiez le code dans le champ ci-dessus.